Marchés

Vers un meilleur étiquetage nutritionnel

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D’ici à fin 2016, les produits alimentaires seront dotés d’un nouveau tableau nutritionnel visant à mieux informer le public. Mais certains acteurs prônent un autre système, basé sur un code couleur, plus lisible. Débat.

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Il va y avoir du changement sur les packagings des produits alimentaires européens. Objectif : rendre les étiquettes plus lisibles et compréhensibles par le public. Car décrypter une étiquette aujourd’hui demande un bac +5 ! Il était donc urgent que les autorités européennes se penchent sur ce thème. En effet, rien n’avait évolué depuis la précédente directive sur l’étiquetage, en 1990. Donc, au début des années 2000, la Commission européenne a décidé de s’attaquer au chantier de l’étiquetage nutritionnel dans le cadre du règlement Inco (information du consommateur). Ainsi, en 2008, elle a édité un règlement, harmonisé au niveau européen, afin de renforcer l’information destinée aux consommateurs. Ce réglement, adopté en octobre 2011, devra être appliqué par les industriels entre décembre 2014 et décembre 2016.

Six nutriments imposés

Une directive datant de plus de vingt ans

Depuis 1990, la directive européenne sur l’étiquetage était inchangée. Début 2000, la Commission européenne a décidé de faire évoluer les règles de l’étiquetage global et de celui sur la nutrition.

En 2008, une directive a été approuvée, dans le cadre du règlement Inco, afin de renforcer l’information du public et d’harmoniser l’étiquetage au niveau européen. Étiquetage qui devra être appliqué entre fin 2014 et fin 2016.

Aujourd’hui, il existe pour la plupart des denrées alimentaires (environ 80%) un tableau nutritionnel présent en face arrière du produit, donnant des informations sur quatre nutriments (calories, protéines, lipides et glucides). Avec le nouveau règlement, le tableau s’agrandit et les industriels vont devoir mentionner davantage d’éléments : valeur énergétique, matières grasses, acides gras saturés, glucides, sel, sucre et protéines. « C’est une grosse évolution, car, si de nombreux fabricants avaient déjà mis en place un tableau nutritionnel, ce dernier est désormais plus large et va demander des analyses complémentaires », explique Camille Helmer, responsable des affaires réglementaires au sein de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania).

Cette nouvelle réglementation va pouvoir être appliquée en deux temps. Pour les industriels utilisant déjà un tableau nutritionnel et ceux bénéficiant d’allégations santé, la nouvelle grille doit être mise en place dès décembre 2014. Les autres ont jusqu’à décembre 2016 pour entrer dans les rangs. « Cette révision était essentielle. Désormais, les consommateurs auront à leur disposition la ­composition nutritionnelle complète de l’ensemble des denrées alimentaires », ajoute Camille Helmer.

Pourtant, si certains représentants de l’industrie agroalimentaire estiment que ce nouvel étiquetage est une avancée pour le consommateur, et à moindre coût pour les fabricants, d’autres sont bien plus sceptiques. « On a changé les règles pour proposer davantage de renseignements au public, mais il ne sera pas plus informé qu’avant. Ça change peu de choses au final, et la complexité est toujours là. Le règlement Inco (dont fait partie l’étiquetage nutritionnel) coûte une fortune ! », déplore Antoine de Brosse, avocat au sein du cabinet Keller and Heckman.

Et ce nouveau règlement ­comporte encore des zones floues. Par exemple, les industriels ont le choix de mettre en avant des informations sur tels ou tels nutriments en face avant du produit, comme, par exemple, la teneur en fibres, en minéraux… De quoi semer encore le trouble dans l’esprit des consommateurs.

Ce nouvel étiquetage va permettre aux consommateurs d’avoir une information très complète sur la composition nutritionnelle des produits. Avec le besoin de transparence exprimé par ces derniers, il était nécessaire de faire évoluer la réglementation.

Camille Helmer, responsable des affaires réglementaires à l’Ania

Une couleur pour un profil nutritionnel

Ainsi, certains industriels et distributeurs ont décidé de proposer un système différent, plus simple et compréhensible : un code couleur nutritionnel, mis en place, pour l’instant, de manière totalement indépendante. Le concept est simple. Sur la face avant des produits est apposée une pastille de couleur : rouge, pour les produits les « moins bons », orange et vert pour les produits les « plus sains ».

Au Royaume-Uni, ce système fait des émules. Implanté depuis 2006, il a été validé par le gouvernement en juin, et, à l’heure actuelle, environ 60% des produits britanniques sont étiquetés avec ces pastilles de couleur. Les grandes enseignes de distribution, comme Marks & Spencer, Tesco, Sainsbury’s, mais également des industriels comme Mars, Nestlé ou Pepsi l’utilisent. Cette information colorielle a pour vocation de montrer rapidement le profil nutritionnel des produits et d’aider ainsi le client à faire son choix.

En France, Intermarché a aussi mis en place ce système, avec Nutripass, sur sa gamme de MDD depuis 2006. En revanche, il pourrait être abandonné avec l’entrée en application du règlement sur l’étiquetage européen, l’enseigne estimant que l’addition de ces deux informations pourrait faire doublon. Des applications smartphone sont également mises sur le créneau, comme Notéo. « Il suffit de scanner le produit, et l’application délivre toutes les informations nutritionnelles avec un système de score qui donne une note finale représentée par une pastille de couleur », détaille Laurent Muller, chargé de recherche à l’Inra.

Des prémices dans l’étiquetage coloriel

L’étiquetage coloriel a déjà été mis en place de manière indépendante. Par exemple, au Royaume-Uni, l’enseigne alimentaire Tesco l’applique sur l’ensemble de ses produits depuis juin 2013. En France, Intermarché a également appliqué ce principe avec le concept Nutripass.

En revanche, avec l’application des nouvelles étiquettes nutritionnelles européennes, le distributeur envisagerait de supprimer ce code couleur, estimant qu’il pourrait faire doublon.

Mais ce système reste, lui aussi, encore flou car aucune harmonisation n’existe encore sur les critères d’attribution de telle ou telle couleur. Car si des analyses scientifiques sont élaborées par un opérateur, elles lui sont propres et n’ont pas d’équivalent sur le marché.

Des confusions règnent

Si le système se développe donc beaucoup outre-Manche, en France, il fait débat. Le gouvernement ne serait pas favorable à ce code, estimant qu’il culpabiliserait le consommateur si ce dernier optait pour des produits « rouges ». Pourtant, chaque opérateur a le choix de le mettre en place en le justifiant par les études scientifiques. Se posent alors des questions fondamentales : où se situe le seuil pour imposer qu’un produit soit de telle ou telle couleur Faut-il baser un référentiel sur l’ensemble des denrées alimentaires ou uniquement sur des familles de produits « Aujourd’hui, chacun peut mettre la barre où il veut, et il faudrait donc prévoir un système harmonisé », ajoute Laurent Muller. Face à cette confusion, Serge Hercberg, professeur de nutrition à Paris XIII/Inserm et président du programme de nutrition santé, a remis un rapport – « Propositions pour un nouvel élan de la politique nutritionnelle française de santé publique » – à la ministre des Affaires Sociales et de la Santé, Marisol Touraine, en janvier 2014, en proposant un système de couleur spécifique.

« Je préconise une méthode basée sur cinq couleurs : rouge, fuchsia, orange, jaune et vert (couplées aux lettres A, B, C D et E ). Le système repose sur un calcul à partir des nutriments composant le produit, qui aboutit à un score nutritionnel global matérialisé par une couleur. Ce système peut être appliqué pour l’ensemble des aliments », explique Serge Herc­berg. Les seuils seraient alors fixés par une ­communauté composée d’experts et d’industriels. « Avec ce système, l’idée est d’éclairer le public, mais aussi d’inciter les fabricants à baisser leurs taux de sucres, de graisses ou de sel afin de bénéficier d’une pastille de couleur plus favorable », ajoute-t-il.

L’Europe fait le dos rond

Mais, en termes de code couleur, l’Europe préfère, pour l’instant, faire le dos rond. « Il y a une grosse mobilisation de nombreux États membres contre la Grande-Bretagne, car ce système va à l’encontre de l’harmonisation européenne du marché », déclare Camille Helmer. La nutrition et la « malbouffe » restant en effet des enjeux économiques et de santé publique pour les États, un rapport sur ce code devrait être remis au Parlement européen d’ici à 2017. Mais les lobbys de l’agroalimentaire n’ont pas l’intention de se laisser faire. 

Ce qui va changer

Ce tableau, plus volumineux, laisse moins de place aux industriels sur le packaging pour leur discours marketing.Du flou réside encore, car certains pourraient mentionner aussi d’autres informations, comme la teneur en fibres et en minéraux.

2 questions à Serge Hercberg, professeur de nutrition à Paris XVIII/Inserm et président du programme nutrition santé

« Encore compliqué à interpréter »

LSA - Que pensez-vous du nouvel étiquetage nutritionnel européen

Serge Hercberg - Ce sera une bonne chose pour responsabiliser les industriels, mais cette nouvelle étiquette ne permettra pas réellement d’éclairer le choix des consommateurs, car elle reste encore compliquée à lire et à interpréter. Les clients ont besoin d’un système d’information nutritionnel simple, compréhensible et intuitif. Les systèmes de code couleur en rapport avec la qualité nutritionnelle des aliments en face avant des emballages sont bien compris et utiles pour éclairer les consommateurs et les aider à intégrer la dimension nutritionnelle au moment de l’acte d’achat.

LSA - Sur quels critères ce code couleur serait-il basé

S. H. - Dans un rapport que j’ai remis en janvier à la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, j’ai proposé un système basé sur cinq couleurs (rouge, le plus défavorable, fuchsia, orange, jaune et vert, le plus favorable). On fait le calcul des nutriments qui composent un produit (graisses saturées, sucres simples, sel et calories) et le score donne une note globale, matérialisée par une couleur. Ce système veut aider le public à comparer les produits, mais aussi inciter les industriels à améliorer leurs denrées afin de bénéficier d’une couleur plus favorable. 

Propos recueillis par C. H.

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