Vêt'Affaires bien morose pour fêter ses trente ans

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En redressement judiciaire, l’enseigne discount a trois mois pour redresser la barre. En attendant, pour colmater les brèches, elle aura fermé 40 magasins, sur 137, en une année.

En recul depuis quatre ans, l’enseigne n’a, jusqu’ici, pas réussi à faire face à la crise.
En recul depuis quatre ans, l’enseigne n’a, jusqu’ici, pas réussi à faire face à la crise.© DR

De l’aveu même de Rémy Lesguer, son président du directoire, Vêt’Affaires a connu, en 2015, « son pire exercice depuis sa création, en 1986 ». On a déjà vu plus belles manières de fêter ses trente ans… Bien triste anniversaire, en vérité, marqué par une procédure de redressement judiciaire, initiée en juillet dernier, et une période d’observation, qui court jusqu’à juillet prochain. Trois mois pour savoir si ce sera « stop ou encore » : plan de redressement ou plan de cession… Sans préjuger de ce que sera l’avenir de Vêt’Affaires, au moins peut-on commencer à se pencher sur ses déboires.

Il y a d’abord le contexte général du marché de l’habillement, qui n’aide pas. En France, selon l’Institut français de la mode (IFM), les ventes ont subi, en 2015, leur huitième année consécutive de baisse. De recul en recul, ce sont, depuis 2011, 13% du chiffre d’affaires qui se sont envolés.

Évidemment, cela fait des dégâts. Une enseigne comme La Halle Mode et Accessoires, adossée pourtant à un groupe aussi puissant que Vivarte et ses 3?milliards d’euros, en a fait les frais. Alors, imaginez les pauvres franchisés Vêt’Affaires, dont le poids, au plus haut, a royalement culminé à 150?millions d’euros…

Le groupe, pour sortir de l’ornière, a procédé, au plus fort de la crise, à une politique d’ouvertures à tout-va. De moins de 100 magasins en 2008, Vêt’Affaires, à la mi-2015, en comptait 137. Sur le papier, rien de ­stupide : grandir pour massifier ses volumes et être ainsi plus fort aux achats. Une logique implacable. A fortiori quand, comme c’est le cas pour l’enseigne, on est positionné sur le créneau du discount.

Un prix bas ne suffit pas

Sauf que, et c’est l’erreur majeure du groupe : être discounter ne suffit plus. Kiabi, Gémo, Tati ou même Primark désormais, l’ont tous bien compris : le prix bas, oui, mais la mode aussi. La mode surtout, même. Les boutiques doivent être accueillantes pour attirer le chaland, et les ­produits intéressants pour donner envie d’acheter.

Vêt’Affaires, en restant arc-bouté sur ce critère du prix – la valeur en moyenne d’un article y est de 4,90?€ – a ainsi raté le coche. Ses magasins ont pris un sérieux coup de vieux, et comme les réputations se défont bien plus vite qu’elles ne se font, la spirale infernale s’est vite enclenchée.

Le groupe n’avait pas les reins suffisamment solides pour supporter ses nombreuses ouvertures. En 2008, le résultat net part du groupe dégagé, ne pointait qu’à 1,8?million d’euros. Il est monté, à son maximum de ces dernières années, à 5?millions seulement… C’était en 2010. Depuis, c’est la dégringolade : 13,9?millions d’euros de pertes en 2014, 25,6?millions en 2015… Pas d’autre choix, alors, que de fermer des points de vente, pour tenter d’arrêter l’hémorragie : 25 en 2015, encore 15 attendues au premier semestre 2016… L’enseigne, d’ici à l’été, sera ainsi revenue à son parc de 2009. L’ennui, c’est que l’argent perdu, lui, ne se rattrape pas.

Les chiffres

  • 99 M€ : le chiffre d’affaires en 2015, en baisse de 25%
  • 97 magasins à la fin du premier semestre 2016
  • 40 fermetures en un an

Source : Vêt’Affaires

Un tiers du chiffre envolé en cinq ans

Évolution du chiffre d’affaires de Vêt’Affaires entre 2011 et 2015, en millions d’euros, et évolution du résultat net part du groupe en M€, durant la même période.

Source : Vêt’Affaires

Dans un contexte difficile, marqué par huit années de recul consécutif des ventes du textile-habillement en France, Vêt’Affaires, sur le créneau discount , n’a pas su, depuis 2008, se réinventer. Car le prix bas ne suffit pas pour avoir l’adhésion, même en période de morosité. Le bon équilibre est à trouver dans un rapport « prix/mode ».

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Article extrait
du magazine N° 2412

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