Vincent Mignot, DG hypermarchés Auchan France : “Après le no parking, no business, le no connect, no business”

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Dossier Pour son numéro spécial du 6 juin (n° 2278) centré sur les 10 raisons de croire en l’hypermarché, la rédaction de LSA a rencontré des acteurs clés du secteur, comme Vincent Mignot le DG des hypermarchés Auchan en France. Dans l’entretien que nous vous livrons in extenso sur Lsa.fr, le jeune patron du numéro trois des hypers en France (126 magasins, pour 15,4 milliards d’euros de CA HT) évoque les changements majeurs liés au développement du digital et du cross canal, mais aussi les approches étonnantes d’une enseigne qui a le mérite de chercher et de tester sans cesse des solutions nouvelles, comme cette notion "d’habitant" en passe de se substituer à celle de clients. Les propos de Vincent Mignot in extenso.

Vincent Mignot

Vincent Mignot, DG hypermarchés Auchan France :

« L’hyper reste incontournable. Il concentre plus de 30 % de l’ensemble des dépenses alimentaires en France, tous circuits confondus, rassemble 900 000 clients par jour qui vont chez Auchan France. Il est certain qu’après avoir joué un rôle majeur dans l’évolution de la consommation en France, aujourd’hui il doit évoluer tout en restant fidèle à ses principes.

L’hyper rencontre des difficultés c’est indéniable, mais il reste le format de distribution le plus rentable et nous devons le faire évoluer sans remettre en cause ce qui fait l’attractivité du modèle. Notre travail porte sur un meilleur arbitrage des surfaces, mais aussi une meilleure sélection des produits pour accroître leur rotation et leur rentabilité, ainsi qu’une amélioration des stocks – c’est vital pour le modèle éco de l’hyper et c’est un domaine où on a jamais fini de travailler.

L’hyper doit être un lieu de vie, de fête (avec des opérations comme Top Chef par exemple), de conseils, d’accueil et proposer des  différenciations locales importantes.

Nous continuons de nous développer. Nous ouvrons encore Roissy et Epinay sur Seine en 2013, d’autres magasins sont prévus pour 2015 et nous poursuivons une forte accélération sur le drive.

Le travail réalisé autour de nos solutions économiques est fondamental, car aujourd’hui il faut plus que jamais coller aux besoins des habitants. En 1960, le reste à vivre des Français, c’est-à-dire la part de leurs revenus qu’ils ont pour consommer, s’habiller, se déplacer, était de 66,7 %, il n’est plus que de 46,3 % aujourd’hui à cause de la hausse des loyers, des charges, des abonnements... Ca explique que nos solutions économiques rencontrent un gros succès, comme nos fruits et légumes à moins de un euro qui font un carton avec des progressions à deux chiffres. Self discount est aussi encore sur de très belles tendances de progressions.

La coque ? Elle va bouger, l’hyper grâce à sa taille possède un formidable potentiel d’adaptation au marché, il peut déployer des zones discount, bio, ethniques. Avec ses grands parkings, dans de vastes parcs d’activité, il peut aussi évoluer très vite. Nous avons de la place pour ouvrir de vrais drives par exemple. Si on identifie un créneau intéressant nous pouvons l’essayer très vite. Nous continuons aussi d’agrandir les magasins, d’ouvrir, de faire évoluer très vite les concepts comme celui des équipements multimédias, qui sont presque tous passés en libre toucher, ce qui a permis de doper les tablettes.

Le Crosscanal, c’est un changement majeur. Après le no parking, no business des fondateurs, l’heure va être au « no connect, no business ». L’enjeu c’est de permettre à chacun de nos clients d’avoir un parcours connecté, un choix entre l’achat en ligne et la vente en magasin physique avec du conseil et des contacts avec le produit et les vendeurs.

Nous dialoguons avec les habitants via les réseaux sociaux dans nos zones de chalandises. Nous pouvons faire voter nos clients sur nos emballages, leur faire sélectionner des produits de mode…, et bientôt nous allons leur demander les produits à mettre en avant pour nos 25 jours.

Aujourd’hui, on raisonne plus en habitant qu’en client. Dernièrement, les 400 cadres et directeurs de magasins de la DG France sont tous allés chez 200 habitants de la banlieue de Lille. Cette méthode permet de mieux comprendre les besoins et les attentes des Français. Je me suis rendu par exemple chez une dame qui vivait avec 50 euros par mois pour ses courses, dans un petit appartement sans cuisinière avec seulement un four. Elle ne mange de la viande et du poisson qu’une fois par semaine seulement… Et la viande ce sont des nuggets car ils passent au four. Pour repeindre son appartement, j’ai été de surpris de voir qu’elle n’avait qu’un pot de peinture de 1 l, en fait elle ne pouvait s’acheter qu’un pot par mois et repeignait au fur et à mesure. Ce sont ces genres de visites qui nous permettent d’adapter au mieux notre offre, nos assortiments, nos services. »

Propos recueillis par Jérôme Parigi

 

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