Vivarte : les actionnaires reprennent la main

Nathaniel Rothschild débarque Georges Plassat de la présidence du directoire. Des raisons financières autant que stratégiques expliquent ce départ brutal.

Surprise. Alors qu'il y a moins de deux mois le groupe d'habillement et de chaussures annonçait des performances au-delà des prévisions, l'artisan même de ce redressement a été remercié à la veille de la nouvelle année. Georges Plassat, président du directoire nommé en avril 2000 par les capitalistes anglo-saxons NR Atticus et Guy Wyser-Pratte, a quitté ses fonctions le 30 décembre 2002. Contre toute attente, du moins à l'extérieur, puisque l'ancien patron de Casino et de Carrefour Espagne était sur le point de réussir la gageure de redresser le groupe dans le temps imparti (trois ans). Avec un endettement financier réduit et un résultat net part du groupe en forte hausse, le plan triennal devait donner sa pleine mesure en 2003. C'est le même Nathaniel Rothschild, cofondateur du fonds d'investissement NR Atticus, qui lui avait accordé sa confiance il y a deux ans et demi, qui l'a limogé. C'est lui aussi qui, à 31 ans, devrait devenir en toute logique le nouveau président du conseil d'administration de Vivarte.

Pour mieux reprendre les commandes, Nathaniel Rothschild a décidé de modifier le statut du groupe, optant pour une forme à conseil d'administration, en remplacement de la structure bicéphale précédente, à directoire et conseil de surveillance. « C'était le premier point de discorde entre l'actionnaire et le président du directoire », commente-t-on au siège. Le deuxième sujet de mésentente portait sur le montant du dividende distribué. À l'issue des résultats annuels, le 20 novembre dernier, Georges Plassat avait proposé 0,30 EUR par action, ce qui limitait les frais puisque Vivarte devait débourser pour cela 9,3 M EUR . Au final, le conseil de surveillance a tranché sur 0,65 EUR , ce que Georges Plassat a contesté en proposant 0,50 EUR . En se séparant de ce président contestataire, les actionnaires ont obtenu ce qu'ils voulaient, soit un dividende de 0,65 EUR par action.

Cette bataille financière masque en réalité une divergence de fond entre les deux dirigeants. « En imposant de distribuer un dividende à 0,65 EUR , il en coûtera à la société plus de 20 M EUR , ce qui pèsera inévitablement sur les fonds propres et ce que voulait éviter précisément Georges Plassat, assure un analyste financier. Or, les deux hommes s'opposaient sur l'avenir du groupe. » Les investisseurs anglo-saxons, qui n'ont jamais caché vouloir rentabiliser leur acquisition au bout de trois ans, ont de quoi être déçus : deux ans et demi après, le cours de Vivarte n'a quasiment pas bougé. C'est donc avec six mois d'avance qu'ils ont tranché dans le vif sans forcément prendre la mesure de ce qui les attend.

Bien malin qui pourrait dessiner la stratégie de Vivarte dans les six mois à venir, désormais sous la haute main de Nathaniel Rothschild. Celui-ci choisira-t-il de démanteler le groupe, en se débarrassant des enseignes les plus mal en point, comme le craignent les syndicats (lire encadré), ou décidera-t-il d'achever le travail entamé par l'équipe de Georges Plassat ? Ce sera en tout cas au nouveau directeur général, dont le nom devrait être connu lors de l'assemblée générale le 16 janvier, de mettre en oeuvre les nouvelles orientations d'un groupe dont le chiffre d'affaires annuel approche les 2 M EUR .
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Article extrait
du magazine N° 1796

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