Vive la France !

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« Pour les multinationales, l'Hexagone reste un formidable marché test. »

Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

Bonne nouvelle ! Alors que certains ne jurent que par la « dé-mondialisation » ; qu'ils pensent que pour sauvegarder nos économies et nos emplois il faut bloquer nos frontières ; qu'ils ne voient dans les multinationales que des profiteuses ou des tueuses de petites et moyennes entreprises, la venue, la semaine dernière à Paris, de Paul Bulcke, administrateur délégué de Nestlé, et d'Irene Rosenfeld, patronne de Kraft Foods, démontre à quel point la France demeure un point stratégique de l'agroalimentaire mondial.

On peut, certes, s'inquiéter de l'avenir des agriculteurs. Leurs difficultés sont réelles, mais ils représentent une force économique certaine et disposent d'un authentique savoir-faire. Le même constat s'impose pour les PME et TPE. Celles-ci souffrent indéniablement de la conjoncture, mais il convient de saluer leur inventivité et leur dynamisme. Attention cependant à ne pas tomber dans le piège qui consisterait à opposer les « méchants », d'un côté, et les « gentils » de l'autre, les multinationales et les PME, ou les firmes étrangères et les entreprises nationales. La réalité économique est diablement plus complexe.

La venue à Paris, le même jour, des dirigeants de Kraft et de Nestlé, même s'il s'agit d'un hasard du calendrier, prouve au moins deux choses. Premièrement, la France est encore et toujours une terre d'innovations. Marché bataillé et diversifié, elle constitue une formidable zone de tests pour les trouvailles en tous genres. L'intransigeance des consommateurs français permet non seulement de juger de la pertinence d'une innovation, mais surtout pousse les équipes de recherche et développement à être plus imaginatives que jamais. Pour preuve : Irene Rosenfeld était à Saclay (Essonne) pour inaugurer le centre européen de R et D Biscuits. Un investissement d'environ 15 millions d'euros. Avec, à la clé, 120 emplois dont 70 ingénieurs. Les distributeurs eux-mêmes reconnaissent que ces grands groupes savent, mieux que quiconque, « bouger » les rayons à coups de lancements et d'animations. Ensuite, contrairement à nombre de multinationales du non-alimentaire qui n'ont, en guise d'équipes françaises, qu'une simple force commerciale, les géants de l'agroalimentaire possèdent ici de multiples usines et plusieurs milliers de salariés. N'en déplaise à certains, leurs produits méritent donc bel et bien d'être estampillés made in France. Le suisse Nestlé, par exemple, compte chez nous 29 usines et 17 000 employés. Et si Paul Bulcke tenait une conférence de presse à Paris, après New York l'année dernière, c'est parce que la France est son deuxième marché mondial, avec 5,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2010 !

Pour toutes ces raisons, ce gouvernement et les suivants, doivent se prémunir de tout préjugé à l'égard des multinationales. Même si la délocalisation de la fiscalité et les différences de traitement entre les PME et les grandes entreprises posent question, ces dernières aident les distributeurs (animation des ventes), passionnent les consommateurs (les nouveautés) et intéressent les administrations aussi bien locales que nationales (taxes, impôts...). Voilà pourquoi il ne faudrait pas que, pour des raisons diverses et variées (par exemple des taxes qui tombent d'on ne sait où, sans concertation préalable et sans débat global...), ces sociétés finissent par se dire que, décidément, les Français sont trop compliqués et trop imprévisibles.

1 commentaire

moipasdakavectoi

02/11/2011 17h39 - moipasdakavectoi

La visite des dirigeants de multinationales en France n'indique pas qu'il faille continuer à leur dresser un tapis rouge. Bien au contraire. La France reste un formidable marché de ressources humaines et financières pour ces mastodontes, qui emploient plus de juristes fiscalistes que de marketeurs et communicants...L'idée connue est qu'elles ne payent pas une fiscalité à la hauteur des revenus qu'elles tirent du pays: résultat, ce sont nous les PME et les particuliers qui devons les financer! Alors que nous les finançons déjà par nos achats: un double financement donc! Mérité, certainement pas: non seulement ces sociétés ont des moyens en RD très supérieurs à leurs petits concurrents locaux mais en plus elles refusent de payer le juste prix pour être présentes: ce différentiel de 15 à 20% de taxes en moins que les PME est inadmissible et indéfendable. Plus riches, plus en capacité pour s'imposer sur notre marché, elles devraient au contraire payer plus tant les lois de la concurrence leurs sont déjà favorables. Ne pas critiquer ce fait, c'est faire le jeu de l'opacité et de l'entrave à la concurrence. Qui parle et qui a intérêt à parler reste la question ????

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Article extrait
du magazine N° 2202

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