Vivement dimanche !

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Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Un véritable festival d'expressions toutes faites et d'idées reçues. Depuis 1900 - date depuis laquelle le code du travail régit les ouvertures dominicales -, syndicalistes, politiques, distributeurs et associations de consommateurs rivalisent d'imagination pour dire ce qu'ils pensent de cette question. De l'Assemblée nationale au zinc du bistrot du commerce, tout le monde parle de ce « vieux serpent de mer » ou de cette « patate chaude ». Ils évoquent un « débat de société » ou une « lutte de classes entre salariés et patronat ». Et, in fine, si tout le monde affiche un avis bien arrêté, personne ne veut ouvrir la boîte de Pandore.

Il faudra pourtant que les choses bougent ! Le gouvernement n'a pas le droit de rester les bras croisés en regardant des enseignes accumuler les amendes. Dans un souci d'équité, il ne peut pas laisser de telles distorsions de concurrence entre secteurs du commerce et entre zones de chalandise. La réglementation laisse apparaître une mosaïque de régimes spécifiques. L'environnement juridique est trop flou. Et s'il fait le bonheur des hommes de loi, il consterne les opérateurs, énerve les syndicats et crispe les salariés. Enfin, les ministres ne peuvent pas ignorer que le commerce non alimentaire souffre et, qu'en France comme ailleurs, des enseignes licencient, voire ferment leurs portes. Dans ces conditions, pourquoi se passer de ce ballon d'oxygène de la vente dominicale ? Pourquoi priver des salariés en mal de pouvoir d'achat de ces salaires complémentaires ? Sans oublier que les hommes ou femmes qui dirigent ce pays font certainement des emplettes le dimanche sur internet, cette galerie commerciale qui ne ferme jamais...

Pour toutes ces raisons, il paraît impératif d'harmoniser les textes de loi et opportun d'assouplir la législation. Le feuilleton judiciaire de Bricorama démontre la situation ubuesque dans laquelle nous nous trouvons. La cour d'appel de Versailles a en effet ordonné à l'enseigne de ne plus ouvrir le dimanche en Île-de-France sans dérogation. Le groupe va se pourvoir en cassation et, surtout, a déposé des référés pour faire condamner pour concurrence déloyale « tous les autres magasins de bricolage ouvrant le dimanche » ! Autant dire que la situation risque de s'envenimer. Nous sommes bel et bien en France, où la contestation est un sport national.

Alors, pour ou contre ? Les syndicats parlent d'un pari cynique. Ils redoutent le chantage à l'emploi et même l'annonce prématurée de faillites. Du côté de Bricorama, on rétorque qu'il est impossible de se passer des 15 % de chiffre d'affaires générés le dimanche. Les deux clans ont de solides arguments. Dans tous les cas, la question mérite d'être posée et... la loi d'être réformée. Certes, le consensus sera difficile à trouver, et même improbable tant les intérêts sont divergents. Toutes les zones de chalandise ne vivent pas au même rythme, toutes les enseignes n'ont pas les mêmes contraintes, tous les distributeurs n'affrontent pas la même situation économique et tous les salariés ne sont pas dans les mêmes situations financières. Il n'empêche, on ne peut laisser cette situation se déliter. La multiplication des plaintes, l'addition de recours et les éternelles querelles imposent que s'ouvre un véritable débat de société, que commerçants, consommateurs et salariés, volontaires ou non, sont en droit d'obtenir. YPUGET@INFOPRO.FR

Nous sommes bel et bien en France, où la contestation est un sport national.

 

 

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Article extrait
du magazine N° 2250

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