Wearables : quelles sont leurs limites ?

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En plein développement, les wearables ne s’affichent encore que très rarement dans la rue. Lors de la conférence eFashion, qui s’est tenue à Paris le 17 novembre 2015, les discussions ont tourné autour des limites de ces wearables. 

Les wearables sont bien présents dans le domaine sportif, mais encore très peu au quotidien.
Les wearables sont bien présents dans le domaine sportif, mais encore très peu au quotidien. © Maridav - Fotolia

"Wearables" : technologie prêt-à-porter, objet connecté portable. "Même l’Académie Française n’a pas réussi à traduire ce terme anglais", sourit Maxime Derian, un chercheur en socio-anthropologie au CNRS, lors de la conférence eFashion, organisée par CCM Benchmark, qui s’est tenue à Paris le 17 novembre 2015. Les wearables sont ces objets connectés que nous allons pouvoir porter, comme les montres connectées, les Google Glass, ou encore les vêtements connectés. Pourtant en pleine expansion, les wearables ne s’affichent que très peu dans notre vie quotidienne. Le journaliste Daniel Ichbiah pointe un premier écueil : "les infrastructures ne sont pas en place, tant que la 4G n’est pas disponible partout, cela ne fonctionne pas"

La peur du "always connected"

Mais au-delà du point de vue seulement technique, Maxime Derian soulève d’autres questions. "Le terme vient de Google et de ses Google Glass, à l’époque l’entreprise a été arrogante et a pris tout le monde de haut, mais elle n’avait pas calculé quelque chose, explique le chercheur du CNRS, la question de l’intimité et de l’espace public, la différence entre être chez soi et être en public. En utilisant les Google Glass et en filmant, on envoie Google dans l’espace public", poursuit-il. Laurence Allard, sociologue de l’innovation à l’université Lille 3 renchérit : "La data est au coeur du débat, ces wearables émettent des données, mais vers qui ? Pour qui ?". La jeune femme va plus loin, le problème est aussi social. "Les utilisateurs ne souhaitent pas être bombardés de notifications, le 'always connected', peut être mal vécu et même non désirable", explique-t-elle. 

La limite de la peau 

Si les considérations sociales sont nombreuses, les raisons médicales le sont tout autant. Avec les évolutions, ces wearables pourraient être amenés à "traverser la chair". Pour le journaliste et écrivain Daniel Ichbiah, ce passage représente la véritable limite. Maxime Derian soutient ses propos, "si votre vie est menacée, l’acceptation de l’implant très intrusif va être possible", dans d’autres cas la limite semble infranchissable. "On pourra trouver des gens prêts à s’implanter des objets, mais ce sera dans une démarche artistique, des gens à la marge", souligne le chercheur du CNRS. Maxime Derian pointe aussi les risques médicaux, et notamment de cancers. 

Le salut des wearables : l’appropriation 

Pourtant, Laurence Allard explique que "dès à présent, nous vivons avec ses objets de manière incorporée, ce sont des compagnons d’existence. Nous avons un usage somatique du mobile, on envoie des message sous la colère, le cafard, nous exprimons une émotion, un affect, qui met déjà en jeu le corps". Daniel Ichbiah confirme : "Une technologie, nous l’acceptons que si nous la voulons". Si le smartphone est déjà devenu un outil indispensable, quid des wearables ? Pour Laurence Allard, il faut s’approprier l’objet, le détourner selon ses propres usages, et, par exemple utiliser la smartwatch de manière non traditionnelle. "Les usagers sont les premiers hackers, ils détournent l’objet de façon créative" poursuit la sociologue lilloise. Daniel Ichbiah appuie les propos de Laurence Allard : "Les outils ne sont adoptés que si ils sont utiles à l’Homme".

"Le champ d’exploration dans la mode dépasse tout ce qu’on peut imaginer"

Le journaliste et écrivain poursuit, "une technologie est adoptée lorsque les créateurs s’en emparent, c’est ce qui va se passer en fashion". Pour Daniel Ichbiah, "cet univers est un champ d’exploration qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer". L'expert va plus loin, "les textiles vont pouvoir changer de couleur, de forme, et d’apparence tous les jours, tout en vous ressemblant". Le journaliste imagine des utilisations et des détournements infinis, et toujours plus personnalisés. Plus terre-à-terre, pour Maxime Derian, en mode, la standardisation sera la même qu’actuellement. Il prend pour exemple le polo Ralph Lauren connecté, les consommateurs continueront avant tout de s’identifier à une marque. 

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