Xavier Beulin (FNSEA) “On ne voit aucune amélioration pour les productions agricoles”

Le patron de la FNSEA est dépité. Les mesures de soutien du gouvernement ne sont pas exécutées, l’Europe n’agit pas dans la crise laitière, et le fonds porcin paraît hors de portée, malgré le soutien des enseignes. Et pour couronner le tout, on va interdire les cerises pour cause de pesticides…Xavier Beulin cherche à reprendre l'initiative, et crée un Comité d'évaluation de la situation des filières. 

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Xavier Beulin (FNSEA) “On ne voit aucune amélioration pour les productions agricoles”
Xavier Beulin

Le président de la FNSEA, Xavier Beulin, voit s’accumuler les difficultés pour les exploitations agricoles sans qu’aucune amélioration ne pointe à l’horizon. Toutes les productions sont désormais touchées, les filières animales, le lait, et désormais les céréales, dont les cours sont au plus bas. Et dans les fruits et légumes, plus ou moins impactées, c’est la crise de la cerise qui bat son plein. En raison de l’interdiction d’un insecticide, les arboriculteurs en sont réduits à abattre leurs cerisiers, comme l’a montré un reportage sur France 2 hier 13 avril 2016 : il n’y a pas de produit de substitution pour lutter contre un insecte qui lamine la production. Pas sûr que l’on trouve beaucoup de cerises dans les rayons cet été, ou alors hors de prix, voire uniquement des produits importés qui eux auraient pu être traités par la molécule considérée comme dangereuse par l’Autorité sanitaire ! “On risque la double pénalité”, s’est-il insurgé.

Lors d’un déjeuner de presse le même jour, il a aussi révélé que le fonds porcin, pourtant soutenu par les enseignes pour aider les éleveurs, rencontrait les pires difficultés à être mis en place. “Je viens d’envoyer un courrier à tous les collecteurs, abattoirs, salaisonniers, en leur demandant si oui ou non ils soutenaient le projet. Culture Viande (le syndicat des abatteurs) et deautres s’opposent au pied de facture, alors que la clause est compatible avec le droit de la concurrence, selon, l’Autorité de la concurrence que j’ai sollicitée. Si le fonds n’est pas mis en place, c’est simple, 20 % des élevages vont disparaître. Le chiffre est établi par les centres de gestion sur la base du ratio dettes sur fonds propres”.

Culture Viandes ne veut pas du fonds porçin

Culture Viandes (ex-Syndicat des industriels de la viande) ne veut effectivement pas entendre parler de ce fameux “pied de facture”, qui consiste à facturer, en plus de prix de base de la viande de porc négociée avec les acheteurs, une somme qui abonderait le fonds afin de récolter 100 millions d’euros pour les éleveurs. “Nous ne participerons pas à ce fonds. Il crée un prix artificiel, agrave les différence de prix entre la production française et européenne, destructure l’industrie française et il s’agit d’une fausse solidarité obtenue par la pression”, indique en substance un communiqué du syndicat du 6 avril. Les charcutiers, eux, pourraient tout simplement choisir d’importer des produits moins chers : la ressource est disponible en quantité partout en Europe, surtout en Espagne et en Allemagne…

Dans le lait, même situation de crise, avec “10 à 12 milliards de litres d’excédent” qui pèsent sur les cours. La Nouvelle-Zélande devrait réduire sa production de 4 %, les cours étant tombés à 0,17 centime le litre, moitié moins que le prix payé en France en 2015. “Mais les autres pays européens ne veulent pas faire l’effort, et la Commission européenne ne met rien en place”. Xavier Beulin espère qu’un décret sur l’obligation de mention d’origine du lait - produit et transformé en France - pourrait permettre de mieux tenir les prix - en donnant le choix au consommateur. C’est la seule voie pour éviter les importations, sans être accusé d’entrave à la libre circulation des produits. “Nous avons déjà une enquête de la Commission de la concurrence européenne, en raison d’actions contre les importations d'Allemagne pour le lait et le porc menées en Alsace”, précise le président du syndicat agricole.

Les aides n’arrivent pas et rend la situation est à risque

Enfin, Xavier Beulin atteint le comble de l’exaspération quand il s’agit de l’action du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. La plupart des mesures de soutien obtenues lors des manifestations agricoles ne sont pas exécutées sur le terrain, l’administration locale serait littéralement noyée (“on ne la blâme pas, on essaie de la soutenir”), les consignes n’arrivent pas. Rien que pour les aides de la PAC, 80 millions d’anomalies auraient été recencées, pour le bio, les budgets ne seraient pas débloqués, les sites de télédéclaration seraient engorgés, l’année “blanche”sur les cotisations sociales n’est pas appliquée, et les nouvelles mesures environnementales viennent bousculer les habitudes culturales ! Et pour couronner le tout, la surtaxation des CDD prévue à ce stade dans la loi El Kohmry devrait concerner les saisonniers. Il y aurait 1,2 millions de CDD concernés, qui viendront renchérir le coût du travail dans les exploitations !

Autant de difficultés qui rejaillissent sur la FNSEA et son président, quand il se déplace dans les campagnes. “Certains nous disent, heureusement que vous êtes là, mais il y a aussi tellement de colère que nous sommes souvent pris à partie”, constate Xavier Beulin, visiblement affligé. Après les manifestations de l’hiver, les exploitants sont dans leurs champs, très occupés. Mais l’été et l’automne pourraient bien voir resurgir les actions syndicales spontanées. Il faudrait au moins résoudre des crises agricoles ce qui peut l’être, pour déminer la situation. D’autant que la présidentielle approchant, les débats vont devenir plus vifs, et la relation au sein des filières entre producteurs, industriels et distributeurs pourraient à nouveau se tendre, juste avant les négociations commerciales. Les enseignes ne l'ignorent pas. Le Congrès Négociations Commerciales de LSA en sera un bon thermomètre. Xavier Beulin y sera présent, et pourra exposer aux acteurs économique une situation précise des productions agricoles et les solutions à y apporter.

Mais auparavant, il met en place un Comité stratégique d’évaluation des filières au sein de la FNSEA, que va piloter Henri Brichart, vice-président du syndicat, ex-président de la Fédération des producteurs de lait et surtout président de FranceAgrimer, qui tient les comptes de l’Agriculture. Il souhaite que Coop de France et les enseignes participent à l’analyse. Peut-on y voir l’émergence d’une section FNSEA filières, selon le modèle de Coop de France Agroalimentaire, pilotée par Dominique Chargé, président des Coop laitières et qui cherche à entretenir une culture de l'échange de vues de la production à la distribution ? C’est à suivre...

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