Capitaine d'industrie

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EDITORIAL « Patrick Ricard a maintes fois démontré que l'action vaut mieux que la résignation. »

Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Avec le décès de Patrick Ricard, la France perd un grand capitaine d'industrie. Alors que l'heure est à la morosité, que beaucoup redoutent une baisse de la consommation et craignent la mondialisation, Patrick Ricard a maintes fois démontré que l'action vaut mieux que la résignation. Bien sûr, il a hérité de l'entreprise de son père, mais il a débuté comme attaché de direction à 22 ans, sans diplôme, et il a surtout transformé un groupe français en numéro deux mondial des vins et spiritueux. En 2001, l'entreprise marseillaise s'est emparée du canadien Seagram : Chivas et Martell tombent dans son escarcelle. Quatre ans plus tard, Pernod-Ricard s'offre Allied Domecq, avec le gin Beefeater, le whisky Ballantines ou les champagnes Mumm et Perrier Jouët. Et, en 2008, le groupe ingurgite la vodka suédoise Absolut.

Une véritable saga qui n'a rien d'une galéjade. Car, trop souvent en France, les grands patrons sont moqués, voire décriés. Il est vrai que si, à leur apogée, les Bernard Tapie et autres Jean-Marie Messier ont valorisé l'entrepreneuriat, leur dégringolade, tant médiatique qu'économique, a jeté l'opprobre sur le monde de l'entreprise en général et les patrons en particulier. Fort heureusement, la France compte encore de multiples talents. Si l'on reste dans le seul secteur des produits de grande consommation, les familles Besnier, Bonduelle, Bongrain, Gervoson, Riboud ou Schueller-Bettencourt ont indéniablement marqué l'économie française. Bien sûr, les errements de la famille Doux démontrent que les édifices sont fragiles. Mais alors que certains ne cessent de vanter les modèles allemands ou de mettre en avant les entrepreneurs russes ou chinois, on ne peut que saluer ces groupes qui affichent bien souvent plus d'un point commun. Ils sont nés avant la Seconde Guerre mondiale (voire la Première) et ont eu du temps pour se développer (ce temps qui, aujourd'hui, est une denrée rare). Ils ont ou ont eu à leur tête des visionnaires et non des surdiplômés. Ils ont su s'adapter aux évolutions, quitte à changer diamétralement leur stratégie et à se délester d'activités entières (Ricard a vendu Orangina en 2001). Ils ont misé tout autant sur la croissance organique qu'externe. Ils ont rapidement parié sur l'international avec des marques mondiales et locales, sur du coeur de gamme et le premium. Ils ont très vite saisi l'importance du marketing et de la communication ainsi que le rôle des forces commerciales. Parce qu'ils connaissent leurs limites, ils savent très bien s'entourer (à l'instar de Pierre Pringuet chez Pernod-Ricard). Et, généralement, ils ont préparé leur succession (le nom d'Alexandre Ricard est souvent mentionné). Mieux encore, ces capitalistes, qui ne courent pas après la presse people, ont bien souvent une forte fibre sociale, voire paternaliste. La modestie de Patrick Ricard était légendaire.

Il reste aujourd'hui à trouver parmi les PME et TPE celles qui deviendront les Ricard et Danone de demain. Et ces hommes et ces femmes qui sauront donner du souffle à leur projet et de l'élan à leurs équipes. Car, depuis une semaine, la France compte un capitaine d'industrie en moins. Et pas le moindre...

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Article extrait
du magazine N° 2238

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