Carrefour-Cora : le mariage prend du retard

Carrefour devra encore patienter avant d’obtenir le feu vert de l’Autorité de la concurrence, occupée par les dossiers de 300 magasins Casino. Sa décision est désormais prévue pour l’été. État des lieux de ce rapprochement stratégique.

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Carrefour-Cora : le mariage prend du retard

LAutorité de la concurrence, chargée d’étudier les zones de chalandise des différents magasins rachetés pour donner son aval aux opérations de concentration, serait-elle débordée par l’afflux de dossiers concernant le secteur de la distribution, ou bien les fiancés auraient-ils besoin de plus de temps ? Toujours est-il que les rapporteurs confirment ne pas être en mesure de rendre leur avis sur l’opération de rachat de Louis Delhaize France par Carrefour (60 hypers Cora et 115 supermarchés Match) avant le mois de juin, voire l’été, alors que la date retenue il y a peu encore était le mois d’avril. « Ce sera juste avant l’été ou après, explique un porte-parole de l’Autorité. Ce n’est pas stabilisé de leur côté, les parties discutent entre elles. »

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Clause de réévaluation

Pourtant, « l’opération a été prénotifiée en novembre 2023 », signale-t-on chez Carrefour. Prénotifiée et, donc, en cours d’examen. Seulement, depuis, Intermarché, Auchan et Carrefour aussi ont repris plus de 300 magasins Casino à eux trois, ce qui signifie autant de dossiers à traiter pour des « équipes sous-staffées », d’après une source proche du dossier.

Depuis aussi, le chiffre d’affaires de Cora pour 2023, ainsi que ses résultats, publiés par LSA le 12 mars dernier, se sont ­avérés décevants. À 3,8 milliards d’euros au lieu des 4 attendus, le CA accuse une baisse de 3 %, ce qui traduit une baisse encore plus forte des ventes en volume. Et l’EBE (excédent brut d’exploitation) dégringole de 5 %, à 124,3 millions d’euros. En trois ans, il a baissé de 19 %.

Cela peut-il remettre en cause le montant du prix d’acquisition de Louis Delhaize par Carrefour, acquisition signée en juillet dernier ? Le prix payé, 1,05 milliard d’euros, soit 0,2 fois les ventes, n’avait pas été jugé très élevé par les analystes à l’époque. « La valorisation financière est attractive, avait souligné Nicolas Champ, analyste pour le retail chez Barclays, dans LSA. Le multiple de 5,3 fois l’Ebitda est inférieur à la moyenne du secteur en Europe. » Pour autant, cela n’empêche pas l’acquéreur de pouvoir revoir le deal. « Ce genre de clause de réévaluation du prix est courante », estime un analyste. Lors d’un comité économique tenu chez Cora fin mars, il a juste été dit que « le prix de vente définitif sera fixé en fonction des résultats de Cora ».

Syndicats inquiets

L’enjeu est de taille. Sont en effet visés 110 millions d’euros d’Ebitda de synergies annuelles trois ans après l’opération, obtenus pour moitié par de l’optimisation commerciale (hausse du poids des MDD, synergies logistique et achats, développement omnicanal) et pour l’autre moitié par une mutualisation des coûts de distribution (achats non marchands, dépenses marketing…). C’est là que les syndicats se montrent inquiets, notamment s’agissant de l’avenir du siège de Cora à Croissy-Beaubourg, en Seine-et-Marne, et des plates-formes logistiques (11, dont 3 principales, toutes situées dans le nord de la France). Cora compte 17 000 salariés en France, dont 880 dans les sièges et 14 700 dans les magasins.

La disparition de l’enseigne Cora au profit de Carrefour fait, elle, moins de doutes. « Ce ne serait pas surprenant. Carrefour est beaucoup plus connu que Cora. Et Cora n’est pas très fort en marques propres », soupire un délégué syndical. Justement, l’objectif d’Alexandre Bompard pour Carrefour est d’atteindre le seuil de 40 % de MDD en valeur d’ici à 2026. Reste à savoir si la greffe prendra facilement sur le plan humain. Les directeurs d’hypermarchés Cora ont une ancienneté moyenne de vingt-sept ans et demi et sont très autonomes : ils gèrent leur assortiment, et définissent la politique de prix et de communication. Carrefour pourrait aussi opter pour une enseigne intermédiaire, à la manière d’un Colruyt en Belgique avec Match. À suivre.

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