Pourquoi la foncière Altarea lance une OP A sur le site RueDuCommerce

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« Le prix de l'avenir » Alain Taravella, président fondateur d'Altarea-Cogedim

LSA - Quel est l'intérêt de cette acquisition pour Altarea ? Alain Taravella - Cette opération nous permet de mettre un pied dans un business qui présente des taux de croissance de 15 à 20 % par an, en intégrant une entreprise innovante et dynamique qui génère près de 400 millions d'euros d'activité, et dont le chiffre d'affaires double tous les quatre ou cinq ans. Peu de domaines offrent de telles perspectives ! Qui plus est, nous faisons un peu le même métier qui consiste à concevoir de bons emplacements pour nos commerçants moyennant des loyers ou des contributions aux chiffres d'affaires générés. Et notre intuition est que nos deux entreprises vont s'apporter mutuellement de précieuses expertises. RueduCommerce a des compétences technologiques, marketing et une approche de la connaissance clients que nous n'avons pas. LSA - Quelles synergies en attendez-vous ? A. T. - Nous achetons RueDuCommerce pour ce qu'elle est et qu'elle nous apporte : une entreprise dynamique, rentable, avec 250 collaborateurs, des compétences, une marque forte qui figure dans le top 10 de l'e-commerce en France. Mais je sens qu'il y a, en plus, un certain nombre de synergies à monter que nous n'avons pas encore chiffrées, ni même toutes identifiées, car il n'y a que trois mois que nous avons décidé de nous rapprocher. LSA - Votre OPA valorise RueDuCommerce à 100 M E, cela semble beaucoup alors que le site valait 33 M E de moins au dernier cours ? A. T. - Cela représente un peu moins de 4 % du patrimoine commercial d'Altarea, chiffré à 2,7 Mrds E. C'est néanmoins un investissement important, d'autant que sa rentabilité est attendue sur le moyen terme : nous avons l'intention de réinvestir le cash-flow de RueDuCommerce dans son développement, en particulier dans sa galerie, le centre commercial virtuel du site, qui est son principal levier de croissance aujourd'hui. Alors oui, 100 M E, c'est le prix de l'avenir, pour disposer d'un nom et d'une présence sur la Toile avec l'un des tout premiers e-marchands français. Sachant que nous sommes persuadés que, dans ce secteur comme dans le nôtre, il va y avoir une concentration autour des marques et des sites les plus forts.

« Accélérer notre développement » Gauthier Picquart, PDG et cofondateur de RueDuCommerce

LSA - Quel est l'intérêt pour vous de rejoindre Altarea ? Gauthier Picquart - Nous nous adossons à un groupe puissant et qui comprend notre métier, ce que nous cherchions à faire depuis quelques mois. Altarea va nous permettre d'augmenter notre capacité d'investissement pour accélérer notre développement, sans fragiliser pour autant son équilibre financier. Au-delà de ça, nous arrivons à une période où, sans croire que le « click » et le « mortar » vont fusionner, il va y avoir de plus en plus de complémentarités. Certes, les volumes vendus sont encore faibles, mais avec 30 millions d'acheteurs, le Net est devenu incontournable. Les gens ont pris l'habitude d'aller sur la Toile, de comparer, d'échanger. Il va donc être intéressant d'avoir les pieds dans les deux univers, mais avec des experts de chaque domaine, car ce ne sont pas les mêmes métiers. Altarea ne connaît pas internet, mais va pouvoir travailler avec nous ; nous ne connaissons pas les galeries marchandes, Altarea peut nous aider. Nous n'avions pas seulement besoin d'un appui financier - un fonds aurait pu le faire - mais d'un groupe expert dans son domaine. LSA - Quelles initiatives pourriez-vous développer en commun ? G. P. - Des choses connues tels le développement du paiement sur mobile, la multiplication des points de livraison, mais aussi des choses à créer avec des mécaniques qui vont accélérer le business sur internet. Il est trop tôt pour en dire plus. L'important, c'est que nous avons une vision commune et claire et que notre accord répond à une vraie logique. LSA - Les investissements seront-ils plus soutenus ? Quelles sont vos priorités ? G. P. - Nous n'investirons pas forcément plus, mais nous aurons une latitude plus importante en étant adossé à un groupe qui opère sur d'autres métiers. Notre activité dépend beaucoup des lignes de crédit avec les sociétés d'affacturage, ce qui a parfois ralenti nos investissements. Avec notre nouvelle assise financière, les choses vont changer. Les priorités iront surtout à la galerie qui est un outil de développement extrêmement puissant. Aujourd'hui, nos parts de marché en propre sur le high-tech, notre marché historique, dépassent 20 %, c'est donc dans les nouveaux marchés que nous ouvrons à travers la galerie que se situent les opportunités de croissance les plus intéressantes.

LE CALENDRIER

27 octobre - Altacom, filiale d'Altarea, signe l'acquisition de 28,64 % de RDC auprès de ses deux fondateurs, Gauthier Picquart et Patrick Jacquemin, et d'Apax Partners - Les deux managers restent aux commandes de RDC et détiendront 20 % d'Altacom, Altarea 80 % - Dépôt du projet d'OPA 13 décembre 2011 - Déclaration de conformité de l'offre par le collège de l'AMF 16 décembre 2011 - Ouverture de l'offre 19 janvier 2012 - Clôture de l'offre 7 février 2012 - Règlement-livraison et réouverture de l'offre

Chiffres

100 M E La valorisation de RueDuCommerce dans le cadre de l'offre publique d'achat (OPA) lancée par Altacom (9 E par action) 1,3 Mrd E La capitalisation boursière d'Altarea-Cogedim (158 millions d'euros de loyers) 45 Le nombre de centres commerciaux détenus par Altarea-Cogedim, pour 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires Source : Altarea-Cogedim et RueDuCommerce 380 M E Le volume d'affaires en 2010 pour RueDuCommerce, dont 73,3 ME pour sa galerie marchande (+ 62 %) 3,6 M E Le résultat opérationnel courant 2010 de RueDuCommerce Source : RueDuCommerce

Joli coup pour Alain Taravella, le patron d'Altarea-Cogedim, troisième foncière française. Après avoir racheté en 2007 la Cogedim, et marié immobilier clasique et commercial, il lance une offre publique d'achat amicale sur l'un des sites pionniers de la Toile, RueDuCommerce, pour devenir « la première foncière multicanal ». Étonnant ? Pas vraiment, car les ponts entre commerce virtuel et physique se multiplient, à l'image des rapprochements entre Casino et Cdiscount (dès 2000 !), Dixons et Pixmania, ou encore du partenariat entre Carrefour et le même Pixmania. Il devient de plus en plus intéressant d'avoir les pieds dans les deux univers, y compris dans le domaine des galeries marchandes, le fonds de commerce d'Altarea et un fort levier de développement pour RDC. L'e-commerce doit doubler de taille d'ici quatre à cinq ans, et offre des leviers de croissance susceptibles de pallier l'actuelle désaffection que subissent les grands centres commerciaux. Les synergies entre ces deux métiers restent à construire, mais les patrons des deux entreprises, interviewés par LSA, semblent très confiants.

Reste à savoir quelle sera l'attitude du patron de Casino, Jean-Charles Naouri, qui détient 10,1% du capital de RDC via Parinvest. Il n'a jamais explicité ses intentions depuis son entrée dans le capital, n'a pas réclamé de siège au conseil d'administration de RDC, ni rencontré ses dirigeants et se refuse à tout commentaire... Pourtant, lui aussi croit depuis longtemps au mariage entre « click et mortar » et à l'optimisation des actifs immobiliers.

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Article extrait
du magazine N° 2203

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