L'industrie alimentaire s'est fragilisée en 2016

Prise en tenaille entre l’inflation des matières premières, la pression fiscale et la guerre des prix, l’industrie alimentaire souffre. Mais reste créatrice d’emplois.

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L'industrie alimentaire s'est fragilisée en 2016

Avec des ventes en croissance de 1,1% à 172 milliards d’euros, l’industrie alimentaire ne pavoise pas. Sauf quand il s’agit d’emploi ! Le secteur en a créé 4 333 supplémentaires en 2016. L’occasion pour Jean-Philippe Girard, le patron de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires), de rappeler que la filière reste stratégique pour la France. « C’est pour cela que nous demandons plus d’accompagnement, lance-t-il. Depuis trois ans, nous avons créé 11 000 emplois, quand le secteur industriel en a perdu 90 000. Nous avons plus que tenu nos engagements. » Le message est à l’attention des candidats à l’élection présidentielle à qui Jean-Philippe Girard a adressé 12 propositions pour faire bouger les lignes, avec la création d’un grand ministère de l’Alimentation et la redéfinition des contours d’une loi de modernisation de l’économie « qui n’a pas tenu ses promesses ».

L’agroalimentaire en France, c’est…

  • 17 647 entreprises, dont 98% de TPE-PME
  • 427 213 emplois directs
  • 172 Mrds€ de CA
  • 7,2 Mrds€ d’excédent commercial
  • Le 4e exportateur mondial, avec 44,2 Mrds€ de produits exportés

Un taux de marge en baisse

Pour le président de l’Ania, il y a urgence à créer un avenir pour la filière, « en rééquilibrant les relations avec l’amont et l’aval et en allant vers plus de simplicité, de pragmatisme et d’ambition ». Car malgré l’alignement favorable des planètes pour recréer de la valeur (CICE, baisse du pétrole, euro faible et taux d’intérêt bas), la structure des entreprises alimentaires continue de se dégrader, avec un taux de marge une nouvelle fois en baisse de 3,1% sous la pression de la fiscalité et de la grande distribution. S’ajoute à cela la flambée spectaculaire du prix des matières premières (+ 14% en un an), qui a pesé sur les résultats des entreprises. « Elle est le fruit de conditions climatiques et d’une demande soutenue des pays émergents », explique Stéphane Dahmani, directeur économie et contrat de filière à l’Ania.

Mais si la maîtrise des approvisionnements est un enjeu pour la rentabilité des entreprises, « c’est la guerre des prix qu’il faut combattre ». Elle fait rage depuis 2013, avec 43 mois consécutifs de déflation des produits alimentaire. Et se double aujourd’hui d’une guerre promotionnelle. Avec, depuis 2015, une envolée du chiffre d’affaires des produits sous promotion de près de 7%. Pour autant, cela ne stimule pas la consommation alimentaire, qui ralentit en 2016, alors même que le pouvoir d’achat se redresse grâce à la baisse du prix du pétrole.

Les prix des matières premières ont flambé en 2016

  • La part des achats agricoles représente 55% du CA de l’industrie alimentaire
  • Une progression inéditede + 14% pour les matières premières
  • Le cours du blé tendre esten hausse de 16% sur un an
  • La hausse des prix concerne les matières animales (+ 22% pour le porc), végétales (+ 16% pour les huiles) et laitières (+ 30% pour le lait, + 56% pour le beurre)

14 % du budget de l’État

Autre fléau selon l’Ania, la pression fiscale pèse sur le coût du travail et la production de l’industrie. Les taxes alimentaires représentent 14% du budget de l’État. Entre 2011 et 2016, la facture s’est alourdie de 1,2 milliard d’euros pour l’industrie agroalimentaire, qui contribue pour près de 50% à la pression fiscale sur l’industrie. « Il y a un véritable dérapage en France qu’on observe nulle part ailleurs, déplore Jean-Philippe Girard. Notre pays a les cotisations sociales les plus élevées au sein de la zone euro dans l’industrie alimentaire. Nous cumulons 33 taxes en France, trois fois plus qu’en Allemagne et qu’en Italie. »

L’allégement des taxes et des charges permettrait de relancer les exportations. Car la France a subi des pertes de parts de marché au plan mondial. « Nous sommes dépassés à l’export par l’Allemagne et par les États-Unis, pointe Jean-Philippe Girard. Deux entreprises sur dix exportent en France dans le secteur alimentaire, contre huit sur dix en Allemagne. » Pourtant, les produits français séduisent à travers le monde. D’où la nécessité de dynamiser les démarches individualisées et collectives à l’export. Car l’enjeu est qu’il prenne le relais des investissements, qui devraient ralentir en 2017.

La guerre des prixa toujours lieu

  • Une baisse des prix alimentaires de 1,1% en 2016 et qui a atteint près de 4% en cumul depuis 2013
  • Toutes les catégories de produits sont concernées : épicerie salée (- 1,1%) et sucrée (- 1,3%), BRSA et eaux (- 1,7%), bières et cidres (- 1,6%), alcool (- 0,2%), crémerie (- 1,6%), frais non laitier (- 1,6%).
  • Le CA des produits sous promotion a augmenté de près de 7% depuis 2015

La pression fiscale s’alourdit

  • Plus de 6 Mrds€ sont payés par les entreprises du secteur, au titre de la fiscalité
  • Une hausse de 10% des impôts sur la production et de 13% des charges sociales depuis 2010
  • Depuis 2011, l’industrie agroalimentaire a contribué à près de 50%(+ 1,2 Mrd€) de la hausse de la pression fiscale sur l’industrie manufacturière(+ 2,6 Mrds€)

Sylvie lavabre

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