Surcouf en grande difficulté

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Racheté pour une bouchée de pain il y a trois ans par un membre du clan Mulliez, Surcouf n'est pas sorti de sa spirale infernale. Il est aujourd'hui au bord de la faillite.

«Tout le monde a vu le dossier, personne n'en a voulu. » Aussitôt bouclé, en 2009, le rachat de Surcouf avait laissé les observateurs dubitatifs, comme le confiait un analyste dans nos colonnes. Et, tout Mulliez qu'il soit, Hugues n'a pas eu la main plus heureuse que PPR dans son plan de redressement de cette star - éphémère - de la distribution. En 2010, Surcouf a affiché une perte nette de 20 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 160 M E. Alors qu'un plan social avait ramené les effectifs de 705 à 550 en 2010, ils ont encore diminué, pour atteindre 472 employés, aux dires de la direction, mais « pas plus de 400 », selon les syndicats. Deux magasins ont été fermés entre-temps, à Strasbourg et dans le centre commercial Belle Épine (Val-de-Marne).

 

Sous protection judiciaire...

Conséquence logique de cette longue descente aux enfers, Surcouf est aujourd'hui en cessation de paiement et mis sous protection judiciaire. Le tribunal de commerce de Lille, où se trouve son siège social, a nommé un mandataire et laisse six mois au distributeur pour trouver une solution de relance. Un comité central d'entreprise a eu lieu le 28 février à Lille avec les syndicats, qui devraient nommer rapidement un délégué pour les représenter devant le tribunal. La prochaine audience aura lieu le 18 avril dans la ville nordiste pour faire le point sur l'avancée du dossier.

Hugues Mulliez, qui souhaitait, disait-il, créer « un groupe de huit magasins et de 700 salariés, qui réalisera un chiffre d'affaires de 300 M E », n'a pas souhaité répondre à nos questions. Le plan de relance, basé sur une offre élargie de produits techniques, n'a pas produit les effets voulus. La modification des systèmes de primes a notamment bouleversé les équipes. « Le variable était basé sur le résultat, il l'est désormais sur une prime de satisfaction client que nous ne touchons que très rarement, déplore un délégué CFE CGC. Elle est basée sur un questionnaire envoyé aux clients, qui peut se traduire par une prime de 300 E en plus du fixe, 1 350 E en moyenne pour les vendeurs. À Daumesnil, à Paris XIIe, nous l'avons eue quatre fois en 2011 ! Les vendeurs, pour la plupart jeunes et peu expérimentés, sont démotivés et les ventes reculent. Nous avons ainsi perdu 59 M E de chiffre d'affaires entre 2009 et 2010, avant même de céder les deux magasins. »

 

... les partenaires désertent

Et ce n'est pas près de s'arranger. Les tuiles tombent sur Surcouf au même rythme que les factures. À Morangis, l'entrepôt, qui a été vendu, est géré par le prestataire Geodis. « Le 1er mars, il nous a mis dehors pour des impayés, nous avons tout rapatrié au magasin de Daumesnil », admet-on en interne. Une attitude que d'autres fournisseurs n'ont pas tardé a adopter aussi. Western Digital a cessé d'approvisionner les magasins, tout comme Sony pour la partie informatique, TV et photo. Déjà, les ruptures s'accumulent. En ce moment, pas la peine d'aller chez Surcouf pour acheter un netbook ou une unité centrale...

Chiffres

160 M € Le chiffre d'affaires en 2010

20 M € Les pertes nettes de l'enseigne en 2010

472 employés, contre 700 en 2010

Sources : entreprise et LSA

 

LES RAISONS DE L'ÉCHEC

  • Un repositionnement qui n'a pas convaincu les consommateurs
  • Le nouveau système de prime a démotivé les vendeurs
  • Deux magasins ont fermé en 2011

 

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Article extrait
du magazine N° 2218

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